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Amoureux aux oranges, rue Mazarine Robert Doisneau (1912-1994)

Amoureux aux oranges
  • Amoureux aux oranges, rue Mazarinea
Amoureux aux oranges, rue Mazarine
auteur(s) : Robert Doisneau (1912-1994)
dimension : H. 30,4 cm ; L. 31,6 cm
technique : photographie
datation : 1950
lieu de conservation : Paris, Centre Pompidou, musée national d’Art moderne
Amoureux aux oranges
Amoureux aux oranges, rue Mazarine
auteur(s) : Robert Doisneau (1912-1994)
dimension : H. 30,4 cm ; L. 31,6 cm
technique : photographie
datation : 1950
lieu de conservation : Paris, Centre Pompidou, musée national d’Art moderne
Photo volée d’un baiser dérobé ou mise en scène ?

Robert Doisneau (1912-1994) a laissé 450 000 négatifs aux sujets les plus variés : photographies commerciales et de mode, images de l’Occupation et combats de la Libération, clichés d’un Paris touristique et reportages à la campagne et en banlieue, portraits d’écoliers, de commerçants des halles ou d’artistes… Son œuvre oscille entre travail de commande et projets plus personnels qui témoignent d’un monde en mutation. Si son travail est reconnu par des prix et des expositions depuis l’après-guerre, c’est principalement dans les années 1980 que son œuvre touche le grand public qui, de manière un peu simpliste, y voit une approche poétique du genre humain et de la photographie de rue. Calendriers, posters et cartes postales diffusent alors par milliers certaines de ses images telles que ces Amoureux aux oranges, rue Mazarine [ image principale ].

Un baiser volé

C’est un beau jour de printemps à Paris en 1950. Un vendeur de laitues et un marchand d’oranges ont installé leurs étals rue Mazarine, comme l’indique la perspective sur la coupole de l’Institut. Mais ce n’est pas le pittoresque des petits métiers, dans la tradition des «  cris de Paris » ou du travail documentaire d’Eugène Atget, qui intéresse ici Doisneau. Le sujet principal, deux amoureux, est décentré sur la gauche, comme présent par inadvertance au moment de la prise de vue. Ils passent derrière le marchand et tout indique que c’est un couple installé : lui porte un cabas d’où émerge une botte de poireaux, elle tient un sachet de gâteaux et un bouquet de jonquilles. Sans arrêter leur marche, l’étreignant par l’épaule dans un geste spontané, le jeune homme vole un baiser à sa compagne, ce qui la fait sourire. Allant en sens inverse de la perspective, ils continueront leur histoire hors champ, vers un avenir où tout est possible.

Un travail de commande

Le 12 juin 1950, le magazine américain Life présente un reportage sur Paris, illustré de photographies qu’on affirme prises sur le vif par Robert Doisneau. L’article s’appuie sur la réputation rebattue de Paris, ville des amoureux, cliché largement diffusé à l’étranger. En s’embrassant en public dans l’indifférence générale, « de jeunes couples vigoureux, bien décidés à entretenir l’honneur municipal, s’exhibent dans une cour éhontée même dans les endroits les plus bondés de la ville ». Parmi les photographies de ce reportage, certaines connaîtront une immense célébrité grâce à leur commercialisation à partir de 1986, comme Le Baiser de l’Hôtel de Ville ou Les Amoureux aux poireaux

Il faudra attendre 1992 et un procès retentissant pour apprendre que Le Baiser de l’Hôtel de Ville, loin d’être spontané, a été pris avec l’accord des protagonistes : Doisneau leur avait demandé de recommencer à s’embrasser devant son appareil. De même, il a révélé que le couple des Amoureux aux poireaux, qu’on imaginait surpris dans un geste tendre boulevard Saint-Germain, a en fait été engagé pour compléter ce reportage. Il n’est donc pas surprenant de retrouver ce même couple dans le cliché Amoureux aux oranges, rue Mazarine pris le même jour, juste un peu plus loin.

« Des symboles lourds comme des coups de massue »

Lors d’un entretien avec le photographe Frank Horvat en 1987, Doisneau confesse à propos de ces photos : « Pour rester dans un registre aimable, je montrais des petites scènes “parisiennes”, comme dans une de ces revues de cabaret, “Paris sera toujours Paris”. C’est peut-être un peu mièvre, mais à l’époque ça se vendait. » Il reconnaît aussi que ces images sont chargées de « symboles lourds comme des coups de massue ».

En effet, quelques détails trahissent ici la mise en scène artificielle d’un instant fugitif : une femme arrêtée sur le trottoir qui regarde le photographe, le sourire complice du vendeur d’oranges, conscient du spectacle qui se joue dans son dos, ou les prix contradictoires qu’affichent les ardoises opportunément tournées face au spectateur. De même, la prise de vue en plongée engendre une distance autant physique qu’émotionnelle entre le photographe et ses modèles ; il est le créateur du tableau qu’il compose dans le théâtre de la rue.

Un photographe humaniste

Après 1945 triomphe la photographie dite humaniste, nommée également réalisme poétique, un courant né dans les années 1930 qui prend l’homme pour sujet quasi exclusif. Pour la presse, l’édition ou la publicité, des « reporters-illustrateurs » comme Henri Cartier-Bresson, Édouard Boubat, Izis, Willy Ronis, Brassaï ou Robert Doisneau créent des images, à la fois œuvres et documents, qui participent à une reconstruction symbolique de la France. Ils regardent leurs contemporains avec bienveillance, humour ou empathie pour conjurer les terribles souvenirs de la Seconde Guerre mondiale et redonner une vision optimiste de l’homme. Cet engagement fort est parfois occulté aujourd’hui par l’utilisation anecdotique ou nostalgique de ces images en noir et blanc d’une grande qualité formelle et d’une indéniable poésie.

Même si le cliché des Amoureux aux oranges est né d’une commande, il participe de ce mouvement : « Au fond, il n’y a rien de plus subjectif que l’objectif, nous ne montrons pas le monde tel qu’il existe vraiment. Le monde que j’essayais de montrer était un monde où je me serais senti bien, où les gens seraient aimables, où je trouverais la tendresse que je souhaite recevoir. Mes photos étaient comme une preuve que ce monde peut exister », écrivait Doisneau en 1987.

Sandrine Bernardeau

Permalien : http://panoramadelart.fr/doisneau

Publié le 29/07/2013

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ressources internet

  1. Le site officiel : Atelier Robert Doisneau (biographie, textes, interviews, portfolios, bibliographie…)
    http://www.robert-doisneau.com/fr/
  2. Reportage sur Doisneau dans le Life Magazine du 12 juin 1950, p. 16-18
    http://books.google.fr/books?id=Z00EAAAAMBAJ&pg=PA16&hl=fr&source=gbs_toc_r&cad=
  3. L’interview de Robert Doisneau par Frank Horvat
    http://lentreedessauvages.over-blog.com/article-le-monde-que-j-essayais-de-montr
  4. Le travail de Robert Doisneau sur les halles de Paris
    http://www.francetv.fr/doisneau/
  5. Une analyse sur une autre photographie de Doisneau
    http://www.galerie-photo.com/analyse-photographie_doisneau.html
  6. Sur la vente du Baiser de l’Hôtel de Ville
    http://www.photographie.com/archive/publication/104024
  7. Pour mieux connaître les collections du Centre Pompidou, musée national d’Art moderne
    http://collection.centrepompidou.fr/Navigart/index.php?db=minter&qs=1
  8. Voir aussi le site Histoiredesarts.culture.fr

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glossaire

Cris de Paris :
Expression qui désigne les annonces, propres à chaque corporation de marchands ambulants, criées dans les rues de Paris pour attirer l’attention sur leur marchandise. Par extension, elle désigne aussi l’évocation de ces métiers dans la littérature ou l’imagerie.
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